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Mephisto tango

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Le blog de Mephisto Tango!
Mis à jour : il y a 2 heures 11 min

Spectacle « Hemisferios » avec le groupe Tanghetto, à Evry

mer, 2010-03-10 19:07

Ce spectacle est présenté comme un Opéra électro-Tango. C’est très abusif. Pourquoi avoir baptisé ce spectacle « Opéra », alors qu’il n’y a absolument pas de chanteur ni chanteuse ? Sur le plateau : un orchestre électro-Tango : Tanghetto (excellent), trois couples de danseurs dont un couple de danseurs de Hip-Hop, et un récitant (au demeurant ce récitant n’est rien moins que le metteur en scène de ce spectacle : le comédien Andres Spinelli).

Signalons la performance de l’orchestre, très au point, avec une sonorité excellente et une bonne qualité de l’équilibre entre les instruments. Les instrumentistes y sont tout aussi doués. Pour les avoir entendus plusieurs fois, et écouté leur CDs successifs, ils ont incontestablement amélioré leur musique, dans la composition et les harmonies, y compris dans le rythme, bien sûr. Sur scène, là, leur arrangement de « Bahia Blanca » de Carlos Di Sarli était intéressant par l’apport de la rythmique à la batterie, intensive sur ce Tango, sauf que j’aurais préféré plus de tendresse dans la mélodie au bandonéon. La batterie y prend peut-être trop de place. Néanmoins il n’y a pas eu destruction de l’œuvre originale. Aussi j’ai beaucoup aimé leur interprétation de « Libertango » d’Astor Piazzolla, leur arrangement était en parfaite osmose, dans l’esprit de la musique originale. Piazzolla lui-même avait introduit la batterie dans sa formation instrumentale « Conjunto electronico » dans les années 1975, par exemple. Notons bien sûr aussi les œuvres personnelles Tanghetto, tirées de leurs CDs « Emigrante » (2003), « Hybrid Tango » (2004), « Buenos-Aires Remix » (2005), « El Miedo a La Libertad » (2008), « Mas Alla del Sur » (2009).

Les danseurs de Tango étaient à la mesure de l’orchestre, excellents. Avec de très belles chorégraphies avant-gardistes, très, très originales dans certains mouvements, et parfaitement bien réussies, collant bien à la musique et à ses rythmes. Yanick Wyler et Eugenia Parrilla d’une part, Lautero Cancela et Lucila Sergura d’autre part ont bien montré et exprimé l’atmosphère quelquefois lourde et angoissée de la vie urbaine. Les danseurs professionnels de Hip-Hop, Lionel Coleno et Johanna Faye, m’ont paru bien, mais suis-je crédible sur ce sujet, ne connaissant pas du tout ni cette danse, ni les danseurs professionnels Hip-Hop qui dansent dessus ?

Le metteur en scène et récitant Andres Spinelli est un bon comédien, c’est sûr. Il parlait quelques secondes entre deux morceaux de Tanghetto, récitant des textes assez abscons, dont la compréhension était pour le moins limite pour le commun des mortels. On comprenait bien que les allers et retours entre un pays et un autre, somme toute l’émigration et l’exil, revêtaient un caractère bien particulier dans ses paroles, mais tout était mêlé comme dans un bazar, sans fil conducteur, ni construction. Ainsi, parler d’identité, de politique, de la vie urbaine, des différences de culture, des difficultés de communication, de la répression, tout cela est très bien, pourquoi pas, mais chaque chose mériterait d’être approfondie. Cela prendrait trop de temps. Alors on se pose la question à chacune de ses interventions : « Mais qu’est-ce qu’il dit ? » ou : « Mais qu’est ce qu’il a voulu dire ? » On ne peut même pas affirmer qu’il a utilisé un langage poétique….

Quant aux images projetées sur un écran géant derrière l’orchestre, OK cela peut servir de décor. Des vues de Buenos-Aires, des vues de danseurs dans la rue, des vues de gauchos qui dansent, des vues de policiers et de manifestations réprimées, etc, etc…. Ces vues sont si rapides, si saccadées sur l’écran, que l’on peut être perturbé dans l’écoute même de la musique, et dans la vue des danseurs sur scène.

A part ces quelques restrictions d’usage qui sont uniquement dues à ma sensibilité propre, je reverrai très volontiers Tanghetto et les danseurs le 28 mars à la milonga Bahia Blanca à Paris. J’ignore s’ils présenteront autre chose, le lieu étant complètement différent par rapport à un théâtre pur, mais je suis sûre que ce sera tout aussi digne d’intérêt.

Rendez-vous le 28 mars, avec grand plaisir.

Astor Piazzolla et sa musique (2ème partie)

mar, 2010-03-02 07:55

Comme prévu lors de l’atelier du dimanche 28 février, nous avons continué la présentation des Tangos d’Astor Piazzolla (période 1965 – 1975), à l’issue de laquelle nous avons débattu pour savoir si les œuvres présentées ce jour, composées entre 1965 et 1975 étaient dansables ou non. Malheureusement la troisième période, entre 1975 et 1990, n’a pas été écoutée par manque de temps. Nous verrons ultérieurement si, d’ici la fin de la saison, il nous reste du temps pour écouter et parler de cette troisième période.

Voici les 12 Tangos présentés lors de cet atelier du 28 février avec la mention dansable ou non, cette mention ayant été « décernée » par les élèves présents ce jour-là (environ 35 personnes).

    1) Otono Porteno (1967) : dansable
    2) Vayamos al Diablo (1965) : non dansable
    3) Fuga y Misterio (1968) : dansable
    4) Invierno Porteno (1969) : dansable
    5) Michelangelo 70 (1970) : non dansable pour la majorité
    6) Primavera Portena (1970) : dansable
    7) Zum (1972) : dansable
    8) Cierra Tus Ojos y Escucha (de l’album « Reunion Cumbre « avec Gerry Mulligan 1974) : dansable
    9) Anos de Sodedad (de l’album « Reunion Cumbre « avec Gerry Mulligan 1974) : dansable
    10) Deus Xango (de l’album « Reunion Cumbre « avec Gerry Mulligan 1974) : dansable
    11) Libertango (1974) : dansable pour la majorité
    12) Soledad (du film « Lumière » de Jeanne Moreau 1975) : dansable

Parmi ces 12 Tangos présentés lors de cet atelier, les élèves ont noté que 9 œuvres étaient dansables à l’unanimité, 1 non dansable à l’unanimité (Vayamos al Diablo), 1 non dansable pour la majorité (Michelangelo 70), 1 dansable pour la majorité (Libertango).

Mais, paradoxalement, contrairement à la première fois où tous les élèves essayaient de danser sur les œuvres de Piazzolla, cette fois à part un couple qui a voulu expérimenter et danser directement sur ces Tangos pour porter un jugement (dansable ou non), tous les autres élèves ont préféré s’asseoir, écouter, et ensuite seulement porter un jugement. La question a été posée lors du débat : pourquoi n’avoir pas essayé de danser, et pratiquer comme pour la première fois ? Il semble effectivement plus logique de danser dans un premier temps, et ensuite de dire si c’est possible, ou non, de danser.

L’incohérence a été expliquée de différentes façons par les élèves :
- « La musique de Piazzolla est tellement puissante émotionnellement, qu’elle empêche de se lever pour danser, et ainsi ils privilégient l’écoute de cette musique si riche pour en avoir une parfaite imprégnation auditive, sans être perturbé par leurs pas de danse et la technique ».
- « c’est trop émotif, et trop riche pour se lever et danser comme ça ».
- « Avec les Tangos traditionnels, c’est plus facile de se caler sur le rythme sans trop se casser la tête », ce qui laisse penser à tout le monde que les Tangos traditionnels, faits pour danser, sont suffisamment simples avec un rythme de base suffisamment audible pour ne pas avoir à réfléchir à ce que l’on fait.
- Une autre personne a pensé que la musique de Piazzolla n’a pas été composée pour danser, qu’elle a été jouée par lui-même exclusivement en concert, et qu’en conséquence il est logique d’écouter et non de danser.
- « Je trouve la musique de Piazzolla violente, dure, ‘rageuse’ … elle exprime par les dissonances, toute la colère de Piazzolla face à l’adversité de sa vie professionnelle et de sa vie d’Argentin pendant la dictature militaire, non accepté chez lui, en raison de ses opinions face aux Tangos traditionnels qu’il jugeait de façon provocante : ’toujours pareils’ ».
- « La musique de Piazzolla, notamment dans ses parties mélodiques et sentimentaux, génère des émotions que je n’ai pas forcément envie de partager avec un autre partenaire que le mien ».

Si les élèves ne voulaient pas danser (à part un couple) sur les Tangos ci-dessus cités, il n’empêche que, selon leur opinion, 9 étaient dansables à l’unanimité sur les 12 présentés. Ce qui veut dire qu’à partir de leur écoute, ils ont su extraire à l’oreille, la pulsation régulière, suffisamment stable pour être dansée. Et, pour les passages mélodiques et sentimentaux, toujours rubato sans excès, ils ont convenu que l’on pouvait danser sur la mélodie.

A la question : « pensez-vous qu’il faille connaitre d’abord l’œuvre avant de la danser ? » La réponse a été oui, en raison de la complexité intrinsèque de l’œuvre. Effectivement, lors de ces 2 ateliers, on a pu constater qu’à part « Adios Nonino » et « Libertango », la musique de Piazzolla n’était pas très connue des danseurs de Tango argentin.

Essayons de pousser plus loin le raisonnement. A savoir que les Tangos traditionnels ont encore de beaux jours devant eux, puisque les danseurs hésitent à s’adapter aux évolutions de la musique devenant de plus en plus complexe et « savante ». Que le décalage subsiste entre la danse et la musique « à écouter », plus difficile certes, mais qui n’est pas forcément « non dansable ». Qu’à partir des années 1950-1960, années où Piazzolla a commencé à révolutionner le genre, il y a un trou de 50 ans où les danseurs n’ont pas su (ou pas pu) évoluer en même temps que la musique. Que les Tangos électroniques actuels sont les seules alternatives pour tenter de faire revivre le Tango dansé. Est-ce à dire que les Tangos-électro sont plus simples, suffisamment pour être dansés par des gens qui ne sont pas des musiciens ? On pourrait le penser…

Il y a longtemps, le musicien Juan Cedron dans une conférence avait dit : « tout se danse, pourvu que l’on écoute…. »

Tangueando le film

sam, 2010-02-13 23:23

Il y a quelque temps je vous annonçais l’arrivée du film « Tangueando » réalisé et produit par Carmen Porras et Daniel Cobarrubias, avec la vidéo de présentation de ce film sur le lien suivant :

Voici quelques infos de plus :Le film Tangueando fera sa première dans le cadre des Rencontres de Cinéma d’Amérique Latine de Toulouse:

Jeudi 25 mars à 18h30 à La Maison du Tango de Toulouse 51 Rue Bayard
Vendredi 26 mars à 16h à l’Instituto Cervantes 31 Rue des Chalets Toulouse
Week-end du 27-28 mars à la Cinémathèque ou à l’ESAV Toulouse (à confirmer)

Les tangueros Toulousains iront certainement, mais rien n’empêche que tous les tangueros de toutes les régions de France s’y donnent rendez-vous !

tangueando.lefilm@gmail.com

blog : http://tangueando-lefilm.blogspot.com/

Astor PIAZZOLLA et sa musique

mer, 2010-02-10 09:07

Lors de l’atelier du 7 février 2010 à la salle Bourseul, nous avons cherché à faire connaître un peu mieux Astor Piazzolla et sa musique à la quarantaine de personnes qui étaient venues ce jour-là pour écouter, danser et travailler sur le Tango. La première partie de cette présentation (la deuxième partie aura lieu le 28 février a duré ½ heure, à l’issue de laquelle tous les élèves présents ont essayé de danser sur la musique d’Astor Piazzolla (différentes œuvres de 1946 à 1965) en émettant, très modestement, un avis : dansable ou non dansable ?

Auparavant, j’ai proposé à l’auditoire une présentation théorique de la musique de Piazzolla en essayant de mettre en avant la spécificité de cette musique, réputée non dansable et que l’on entend que fort peu dans les milongas. Les DJs les plus ouverts se contentent de passer quelques œuvres de Piazzolla en toute fin de soirée (Milonga del Angel, Oblivion), quand presque tout le monde est parti et qu’il ne reste plus que quelques jeunes sur la piste….

Je vous invite à prendre connaissance de cette présentation orale du 7 février, mais ré-écrite spécialement pour le site Mephisto Tango en cliquant sur le lien suivant : Astor Piazzolla et sa musique

Vos commentaires seront les bienvenus pour corriger les éventuelles erreurs, donner vos opinions, etc, etc…..!

Stefan Zweig, « Ivresse de la métamorphose », p.73-75 (extraits)

mar, 2010-02-09 14:31

Un lecteur du blog, lui-même danseur de Tango argentin, nous a suggéré l’idée de mettre en ligne un extrait du roman de Stefan Zweig : « l’Ivresse de la Métamorphose » dernière œuvre de l’auteur avant son suicide en 1942. L’héroïne du roman est Christine, jeune femme pauvre qui, grâce à sa riche tante américaine, entre transitoirement dans la haute société bourgeoise lors d’une villégiature en Suisse. Elle s’identifie alors aux êtres qu’elle rencontre et se métamorphose.

L’extrait du livre ci-après rend compte de la rencontre de Christine avec le Tango argentin, dans les bras d’un homme qu’elle ne connait pas, mais qui la transporte dans un autre monde. On ne peut qu’admirer la justesse des propos et les sentiments forts d’abandon et de plaisir qu’engendre la danse dans cette circonstance.
Merci à André de nous avoir fait connaître ce texte si beau.

« Voici que la musique reprend, plus sombre, plus lente, plus douce, elle se glisse comme une traîne de soie noire mordorée : un tango. L’oncle fait un visage malheureux, elle doit l’excuser. Ses jambes de soixante-sept ans ne peuvent suivre un rythme aussi souple. (…) Mais une ombre passe, quelqu’un s’incline devant elle, un homme de haute taille au visage glabre de soldat, bruni par le soleil qui contraste avec la cuirasse à la blancheur de neige de son smoking. Il claque les talons à l’allemande et, avec correction, demande à la tante si elle permet. « Mais volontiers », dit celle-ci en souriant, fière elle-même du succès rapide de sa protégée. Stupéfaite, les genoux un peu tremblants, Christine se lève. La surprise d’être choisie parmi toutes ces femmes belles, élégantes, par un étranger distingué lui donne un véritable coup au cœur. Une profonde inspiration pour dissiper son trouble, et elle pose sa main tremblante sur l’épaule de son cavalier. Dès le premier pas, elle se sent conduite avec aisance et fermeté par un impeccable danseur. Elle n’a qu’à suivre la pression à peine perceptible, et déjà son corps épouse les flexions, les mouvements de son partenaire, elle n’a qu’à s’abandonner au rythme entraînant à la douceur enveloppante, et, comme par miracle, son pied exécute parfaitement le pas. Elle n’a jamais dansé ainsi, et elle s’étonne que cela lui soit si facile. Comme si un autre corps lui était échu sous un autre vêtement, comme si elle avait déjà dans un songe lointain appris et répété cet accord dans les mouvements, tellement elle se plie exactement, sans peine, à la volonté étrangère. Une impression de sécurité comme dans un rêve s’empare d’elle; la tête renversée en arrière comme sur un coussin de nuées, les yeux mi-fermés, la poitrine légèrement agitée sous la robe de soie, détachée de tout, ne s’appartenant plus, elle se sent, à sa propre surprise, glisser aérienne à travers la salle. Parfois, quand elle s’arrache à cette houle puissante qui l’emporte et lève son regard vers le visage étranger si proche, elle croit voir briller dans ses yeux durs un sourire satisfait, approbateur, et il lui semble alors que la main qui la guide augmente, plus familière, sa pression. Une faible crainte, énervante et presque voluptueuse, parcourt, imprécise, ses veines. Qu’arriverait-il si ces dures mains masculines la pressaient plus fortement, si cet étranger au visage hautain, taillé à coups de serpe, la saisissait soudain, l’attirait à lui ? Pourrait-elle se défendre ? Est-ce qu’on ne s’abandonnerait pas et qu’on céderait comme maintenant dans la danse ? Sans qu’elle s’en rende compte, un peu de la sensualité provoquée par cette évocation vague passe dans ses membres qui suivent son cavalier avec toujours plus de souplesse. Déjà quelques personnes remarquent ce couple parfait, et elle perçoit, au milieu de la danse, la force enivrante de cette attention, de cette admiration. Elle obéit de mieux en mieux à la volonté de son partenaire, mêle son souffle au sien, épouse ses mouvements; et la découverte du plaisir éprouvé par son corps la pénètre comme par des fibres nouvelles et hausse son âme à un sentiment jamais encore atteint.

Après la danse le grand jeune homme blond - il s’est présenté, ingénieur de Goldbach - la reconduit, cérémonieux, à la table de l’oncle. Au moment où elle abandonne son bras, la chaleur du mince contact disparaît et elle se sent plus faible et amoindrie, comme si par ce lien rompu une partie de sa force s’était échappée. En s’asseyant elle n’a pas encore recouvré ses esprits.

Interview de Fabrice Hatem par Bernadette GUILLOT (Mephisto Tango!)

mar, 2010-01-19 18:26

Ne vous impatientez pas, l’interview de Fabrice Hatem est désormais en ligne sur le site

N’hésitez pas à aller sur son site perso : www.fabrice.hatem.free.fr, où vous trouverez une immense documentation sur la culture tanguera.

Je pense qu’il sera content également de lire vos commentaires si vous en avez !
Bonne lecture

Un témoignage de Carmen Aguiar de septembre 2000 : cela ne nous rajeunit pas….

lun, 2010-01-18 20:57

Je suis tombée un peu par hasard, en relisant des anciens numéros de la Salida, sur un témoignage de Carmen Aguiar en septembre 2000.

Depuis 1986 à Paris, Carmen Aguiar et Victor Convalia ont animé de nombreuses milongas, et ils ont également donnés de nombreux cours de Tango, notamment à l’ancien « Latina » et à l’ancienne MJC rue du Point du Jour à Paris. Aujourd’hui, Carmen continue toujours, malgré la disparition de son mari Victor, à animer des milongas à Paris, apportant toujours sa bonne humeur et une grande gentillesse vis-à-vis de tous les gens qu’elle peut côtoyer. Cela mérite bien d’être signalé !

Donc, j’ai relu ce vieux témoignage d’il y a 10 ans tout juste.

Je cite Carmen :

« Les hommes et les femmes d’aujourd’hui sont différents de ceux qui vivaient au moment de la naissance de cette danse (le Tango), qui peut parfois véhiculer des images du passé. Le langage corporel et sentimental du Tango des années 2000 est donc différent de celui des années 1920. Dans cette danse qui exige ouverture aux autres et remise en question permanente, il est important de s’intéresser à l’apport des jeunes professionnels du Tango, porteurs de la vitalité et de l’évolution de cet art. »

Chère Carmen, peux-tu nous dire si tu réécrirais la même chose en 2010 ?

Pauvre Chicho !

ven, 2010-01-15 19:48

Décidemment, l’interview de Chicho dans le Revue El Tangauta de décembre 2009 provoque un raz de marée dans la communauté Tanguera, et suscite une polémique acerbe.

C’est comme si on était replongé plus de 10 ans en arrière, quand Chicho est arrivé à Paris pratiquement inconnu en France (Pablo Veron venait juste de partir travailler aux Etats-Unis) et qu’il a été très fortement contesté par des danseurs traditionnalistes qui voyaient en lui un extra-terrestre qui ne savait pas danser le Tango, c’est du moins ce qu’ils pensaient.

Cette haine ressurgit aujourd’hui.

Entre son arrivée à Paris il y a plus de 10 ans, et aujourd’hui, Chicho a fait son chemin fort heureusement. Connu dans le monde entier, ayant travaillé, enseigné, dansé partout, il est devenu une star mondiale du Tango, comme le sont Pablo Veron ou Gustavo Naveira, et il a gagné sa vie fort honorablement, grâce à ses talents artistiques liés au Tango.

Si Chicho est devenu une star mondiale du Tango, ce n’est pas pour rien ! Comment peut-on devenir star mondiale sans avoir aucun talent, sans savoir danser ? Et qu’on ne me dise pas qu’il a été jeté sur le devant de la scène par je ne sais quel mécène plein de fric, lui qui a toujours été farouchement indépendant et rebelle.

C’est là le paradoxe insensé, les Traditionnalistes il y a 10 ans le conspuait parce qu’il « ne savait pas danser et que ce qu’il faisait n’était pas du Tango», et aujourd’hui les Traditionnalistes le conspuent encore parce qu’il a osé avouer humblement, dans son interview, qu’il n’a pas su transmettre à ses élèves l’essence du Tango, et donc, selon eux, Chicho a trompé tous ses élèves.

Il y a 10 ans on reprochait à Chicho son modernisme extrême, et maintenant que Chicho revient dans le rang, qu’il renoue avec la Tradition et ses codes, on le conspue encore ! Les Traditionnalistes devraient être contents au contraire, ils devraient même l’accueillir les bras ouverts …..

Que pourrait faire cet homme pour qu’il soit respecté et pour qu’il soit apprécié à sa juste valeur ? Il faut beaucoup de courage pour avouer à la planète entière que l’on s’est trompé dans son enseignement. Il faut beaucoup de courage et d’humilité aussi ! Chicho a fait preuve là de sa franchise et de son honnêteté. C’est tout en son honneur !

J’ose espérer que les gens des autres pays, y compris en Argentine, ne réagissent pas comme certains Français. Qu’ils voient les choses simplement, qu’ils voient le fait qu’un homme puisse se remettre en question, qu’il réfléchisse, qu’il fasse un bilan de son passé artistique et qu’il puisse en tirer enseignement et bénéfice intellectuel, pour lui-même et pour tous ceux qui le soutiennent depuis le début.

J’ose espérer aussi que Chicho gardera son côté rebelle et sa force de caractère, comme Piazzolla, pour continuer son chemin, envers et contre tout.

Pablo Veron et l’essence du Tango ?

ven, 2010-01-15 17:07

Pour réconcilier tout le monde, du moins espérons-le, voici quelques vidéos d’une autre star mondiale du Tango qui, d’après ce que j’en sais, n’a jamais été contesté. Si je me trompe, les commentaires en fin de blog, sont à votre disposition. Il s’agit de Pablo Veron.
D’abord une vidéo que je ne connaissais pas :

Pablo Veron et Rebecca Shulman, en juillet 1997, aux Etats-Unis (sur « Emancipation », Tango de 1910 version Osvaldo Pugliese de 1955). Toujours cette façon de se déplacer comme un félin qui n’appartient qu’à lui. Toujours cette tranquillité dans le déplacement et dans les figures. Admirez vers 1mn20 – 1mn30 la connexion sur place avec sa partenaire ! Ca vit, ça bouge sur la musique, le phrasé de Pablo sur la musique est extraordinaire ….. C’est dynamique et c’est beau.

Aussi le vidéo clip que Pablo a produit lui-même, mis en scène, chorégraphié, dirigé et dansé dans tout le répertoire dont il est capable : Tango, Hip-Hop, Salsa, Claquettes, en petites touches impressionnistes : c’est « Nexus » sur une musique de Sverre Indris Joner (Groupe Electrocutango) et de Pablo lui-même. Pablo Veron y montre tous ses talents de danseur professionnel dans toutes les disciplines de danses populaires:

Et je ne résiste pas à mettre en avant cet extrait du film de Sally Potter, « La Leçon de Tango » en 1997, avec Pablo Veron et Sally Potter, où ils dansent tous les deux « Zum », un Tango d’Astor Piazzolla de 1972, version Osvaldo Pugliese de 1973. Cet extrait, un des meilleurs selon moi, représente bien la connexion profonde, puissante et sensuelle à la fois qu’il y a entre un homme et une femme. La prise de vue des deux visages est remarquable, car ces images reflètent parfaitement bien le fait que les partenaires dansent l’un pour l’autre. Le phrasé, avec les respirations musicales de Pablo est toujours aussi merveilleusement bien en accord avec la musique, malgré le rubato, tout colle de façon juste, y compris rythmiquement.

Et bien sûr vous trouverez sur le site de l’association les vidéos de Pablo avec Teresa Cunha et avec Victoria Vieyra.

Les Videos avec Pablo VERON sur le site

Astor Piazzolla écrivait-il des Tangos, ou non ?

ven, 2010-01-15 14:50

Le blog sur l’interview de Chicho suscitant des commentaires divers et variés, même hard parfois, j’ai eu la surprise de voir qu’Astor Piazzolla était nommé, notamment pour affirmer qu’Astor Piazzolla (et sa musique que l’on qualifiait à son époque de « Tango Nuevo » - tiens tiens …..), ne se considérait pas comme un musicien de Tango. Il m’a donc semblé légitime de citer des faits, non contestables, qui pourraient, peut-être, répondre à la question : Astor Piazzolla écrivait-il des Tangos, ou non ? »
Il est étrange de voir que les commentaires sur Chicho dévient vers Piazzolla…Est-ce significatif ? Un génie en amène t’il un autre ?
Je citerais les paroles d’Astor Piazzolla lui-même dans les années 1970 : « J’en ai assez que tout le monde me dise que ce que je fais n’est pas du Tango. Moi, comme je suis fatigué, je réponds que je fais de la musique de Buenos-Aires. Mais la musique de Buenos-Aires, qu’est ce que c’est ? Du Tango. Alors ce que je fais, c’est du Tango ».
Voici quelques faits. Il sera bon de se reporter sur les sites dédiés au Tango (www.todotango.com; www.piazzolla.org) pour avoir une biographie plus complète de sa vie et de son œuvre, mon but ici étant de me focaliser sur les aspects purement factuels qui le rattachent au Tango.

La première période : la Tradition

- 1929 : rencontre avec le bandonéon à l’âge de 8 ans. Apprentissage.
- 1932 : il compose son premier Tango : « La Catinga » jamais publié.
- 1932 : il apparait dans le film « El Dia Que Me Quieras » avec Carlos Gardel. Astor joue le rôle, quelques secondes, d’un vendeur de journaux. Gardel demandera au père d’Astor de l’emmener avec lui en tournée. Refus du père.
- 1936 : à 15 ans il commence à jouer dans des groupes locaux.
- 1938 : rencontre avec Anibal Troilo à l’âge de 17 ans, qui l’incorpore dans son orchestre. Piazzolla racontera plus tard qu’il connaissait par cœur, au moment de leur rencontre, tout le répertoire de Troilo pour le bandonéon. Piazzolla est l’arrangeur de Troilo, mais les innovations trop importantes ne convenaient pas à Troilo qui pensait que la musique doit être comprise par le peuple.
- 1944 : Piazzolla quitte Troilo. Il travaille avec le chanteur Francisco Fiorentino.
- 1946 : Piazzolla fonde son propre orchestre tipica, et y joue ses propres compositions ainsi que celles, traditionnelles mais avec ses arrangements, d’autres grands musiciens de l’époque (Pedro Maffia, Julio de Caro, Roberto Firpo, Pedro Laurenz….)
- 1947 : composition de « Pigmalion » et « Villeguita » deux Tangos où s’annonce déjà, à l’âge de 26 ans, un créateur de Tangos. Ces deux Tangos restent cependant très dansables, et traditionnels dans la forme, Piazzolla reste encore influencé par les apports de Pugliese et Troilo.
- 1950 : « Para Lucirce ». Tango.
- 1951 : « Preparense ». Tango.
- 1953 : « Triunfal ». Tango.
- 1954 : « Contrabajeando ». Tango. C’est l’année où, après avoir gagné une bourse d’un an pour une symphonie en 3 mouvements : « Buenos-Aires » écrite en 1951, Piazzolla s’envole pour Paris, afin de prendre des cours de composition donnés par Nadia Boulanger pendant 18 mois. Il a 33 ans. Nadia Boulanger, après avoir écouté « Buenos-Aires » a trouvé que c’était bien écrit mais que ça manquait de sentiment. Quand Nadia Boulanger demande à Astor Piazzolla de lui apporter son bandonéon et de lui jouer quelque chose dessus, honteux, il joue « Triunfal ». Nadia Boulanger réalise alors que son potentiel doit s’exprimer dans le domaine du Tango : « Voilà Piazzolla, ne l’oublie jamais ! » lui dit-elle.

- 1955 : il enregistre avec l’orchestre de cordes de l’Opéra de Paris, Martial Solal au piano, et lui-même au bandonéon, des Tangos de sa composition : « Nonino », « Marron y Azul », « Chau, Paris », « Bando », « Picasso »….

Voici d’autres paroles d’Astor Piazzolla : « Ce qu’elle (Nadia Boulanger) a semé en moi a fini par porter ses fruits. Plus que tout autre chose, elle m’a donné confiance en moi-même, m’a fait voir au fond que j’étais un compositeur de Tango, que le reste (la musique savante), certes, était important mais que ce n’était pas ma voie et appartenait à un autre moi, cérébral et faux. Et tout ce que j’avais contre le Tango s’est, tout à coup, en moi, retourné en sa faveur. »

La deuxième période : l’après Nadia Boulanger et « the Great Tango Revolution » (dixit Piazzolla). La rupture

- 1955 – 1960 : l’Octeto Buenos-Aires : départ de sa carrière, et rupture d’avec la tradition. Dès lors, les compositions ne sont plus destinées aux danseurs, mais destinées à l’écoute d’un public attentif. Néanmoins, L’Octeto Buenos-Aires a enregistré des Tangos traditionnels, mais fortement arrangés : « El Marne », « Los Mareados », « Mi Refugio », « Arrabal ».
Je cite ses paroles d’alors : « Et oui, j’étais arrivé (de Paris), et bien décidé à rompre avec tout. Et quand bien même ils (les Traditionnalistes musiciens et danseurs) en auraient été chagrinés à ce moment-là, ce que je faisais était du Tango. »
- 1956 : compositions des Tangos « Très Minutos con la Realidad » et « Tango Del Angel ».
- 1957 : composition de « Melancolico Buenos-Aires ».
- 1959 : Piazzolla travaille avec Juan Carlos Copes et Maria Nieves (danseurs de scène) pour la création d’un ballet Tango.
- 1959 : composition de « Decarisimo » : hommage rendu à Julio de Caro (fondateur de la jeune garde) par Piazzolla, en remerciement des lettres d’encouragement qu’il avait reçues à New-York. Piazzolla lui en a été très reconnaissant.
- 1959 : « Calambre ». Tango.
- 1960 : naissance du Quinteto Nuevo Tango, qui a soulevé un vif enthousiasme.
- 1960 : « Adios Nonino ». Tango
- 1962 : « Introduccion al Angel. Tango. 1962 : « La Muerte del Angel ». Tango.
- 1963 : « Revirado ». Tango. 1963 : « Buenos-Aires Hora Cero ». Tango. 1963 : « Fracanapa ». Tango. 1963 : création de l’Octeto Nuevo Tango.
- 1965 : « Milonga del Angel ». Milonga lente
- 1965 : « Verano Porteno ». Tango.
- 1967 : « Otono Porteno ». Tango.
- 1968 : « Chiquilin de Bachin. Valse. « Balada Para Mi Muerte ». Tango. 1968 : « Fuga y Misterio » tiré du petit opéra « Maria De Buenos-Aires » composé par Piazzolla avec le poète Horacio Ferrer.
- 1969 : « Invierno Porteno ». Tango. 1969 : « Balada Para Un Loco ». Chanson
- 1970 : « La Bicicleta Blanca ». Tango. « Michelangelo 70 ». Tango. « Primavera Portena ». Tango.
- 1971 : « Concierto Para Quinteto »
- 1972 : création du « Conjunto 9 », dit Noneto. 1972 : « Tristezas de Un Doble A », « Vardarito », « Onda 9 », « Zum »
- 1974 : « Libertango ». Tango.
- 1975 : « Suite Troileana ». Tangos composés en hommage à Anibal Troilo, décédé en 1975.
- 1977 : « Cité Tango ». Tango
- 1979 : « Escualo » Tango.
- 1984 : « Contrabajisimo ». Tango, « Mumuki ». Tango. « Oblivion ». Tango.
- 1985 : « Tanguedia I, Tanguedia II, Tanguedia III.
- 1988 : “Vuelvo Al Sur”. Tango chanté.

Je vais arrêter là toutes ces énumérations d’œuvres. Il y en a encore des centaines. En tout cas les partitions de sa musique que j’ai pu récupérer (sur les sites internet ou par l’achat direct de partitions), portent toutes la mention « Tango » sous le titre.
Les Traditionnalistes conservateurs reprochaient à Piazzolla de ne plus les avoir fait danser, en fait. Et comme ils ne pouvaient plus danser sur sa musique, ils disaient que ce n’était pas du Tango. Piazzolla a reçu une volée de bois vert constamment en Argentine, et a même reçu des menaces de mort. Comme si la musique Tango était indissolublement reliée à la danse, comme si la musique devait avoir les mains liées, prisonnières de la danse. Pourquoi cette intransigeance et ce manque d’ouverture d’esprit ? La musique peut se suffire à elle-même, et Piazzolla a profité de ses connaissances de composition, des harmonies, pour construire une forme musicale différente du Tango traditionnel, mais toujours en relation avec, sous-jacent. « Tanguificated » comme il disait lui-même. Malgré des divergences formelles, la musique piazzollienne ne rompt pas avec le Tango traditionnel. Il a ainsi repris la pulsation rythmique en 3/3/2 qui vient du Tango traditionnel (Comme il Faut d’Eduardo Arolas, Negracha d’Osvaldo Pugliese…..), mais dont il a généralisé l’usage dans ses compositions pour devenir structurelle.
Osvaldo Pugliese lui-même disait que les œuvres de Piazzolla étaient bien du Tango !

Du reste, bien des Tangos de Piazzolla sont dansables….Tous ne le sont pas, mais ce n’est pas une raison pour rejeter ce musicien génial !
Piazzolla a écrit des chefs-d’œuvre. A vous de décider si ce sont des Tangos, ou non ….

Au fait, l’essence du Tango, c’est quoi ?

mer, 2010-01-13 16:03

Pour répondre à cette question très large, réagissons de façon scientifique, et voyons ce qu’en dit le dictionnaire « Nouveau Petit Robert 2010 » sur la définition de l’« essence » :
En philosophie, l’essence est « ce qui constitue la nature d’un être » : fond d’un être, nature intime des choses.

Senancour (écrivain français né en 1770, mort en 1846) dit : « Nous ne connaissons que des rapports ou des formes. La fin et l’essence des êtres resteront impénétrables. »

Dans la théorie platonicienne : « l’essence précède l’existence. »

Sartre (écrivain et philosophe existentialiste 1905 – 1980) dit : « Qu’est ce que signifie ici, que l’existence précède l’essence ? Cela signifie que l’homme existe d’abord… et qu’il se définit après. »

En emploi courant, l’essence est ce qui fait qu’une chose est ce qu’elle est, et ce sans quoi elle ne serait pas, c’est l’ensemble des caractères constitutifs et invariables. Par essence : par sa nature même.

Essayons de relier toutes ces définitions au Tango.

On cherchera, au contraire de Senancour, dans un premier temps, à trouver ce qui est selon lui, impénétrable pour le rendre, justement, pénétrable.

Chez Platon, où l’essence précède l’existence, on pourra concevoir assez aisément que, aux origines du Tango (1880 – 1900), une culture Tango est en train de voir le jour, et cette culture s’épanouira avec le temps et existera en tant que telle. On voit alors qu’essence et Histoire sont liées indéfectiblement.

Chez Sartre - et c’est bougrement intéressant - c’est ce qui existe qui importe d’abord, c’est la prééminence de l’existence sur l’essence. En d’autres mots, on pourrait dire que c’est le moment présent qui compte, à un temps T, et que les rapports et les formes liés au Tango, à ce moment, prennent toute leur importance, et dominent l’essence. Si l’on reprend les termes de Sartre et qu’on les adapte, on pourrait dire : « Cela signifie que le Tango existe d’abord….et qu’il se définit après. »

En langage courant, l’essence est ce qui fait qu’une chose est ce qu’elle est, c’est l’ensemble de ses caractères constitutifs et invariables, c’est sa nature intime. Quelle est la nature intime du Tango ? Qu’est ce qui fait que le Tango est le Tango et pas autre chose ? Quels sont ses caractères constitutifs et invariables ?

Qui pourrait répondre de façon extrêmement précise et concrète à ces questions ? Est-ce vraiment « impénétrable » ? Comme le dit Senancour ? En tout cas répondre de façon juste à ces questions est difficile, mais on peut essayer, un peu…..

Pour répondre à ces 3 questions, on voit que la culture et l’histoire du Tango sont indissolublement liées. Pablo Tegli pense que pour transmettre l’essence du Tango, il faut parler culture. Il a mille fois raison. Mais la culture Tango ne se résume pas uniquement à la danse, il faut aussi parler de la musique et de la poésie. Tout le monde est-il prêt à recevoir ces enseignements, outre la danse ?

La nature intime du Tango a un lien étroit avec son histoire, et avec sa culture intrinsèque. La culture (toujours selon le Petit Robert 2010), c’est l’ensemble des aspects intellectuels propres à une civilisation, à une nation. On peut bien sûr relier le Tango à l’histoire de la nation et de la population en Argentine. C’est dire l’étendue du sujet.

Le Tango est le Tango en raison de ses solides fondations, sur lesquelles se construit, périodes après périodes, un bâtiment qui grandit en fonction de ses architectes. Et il est toujours possible, pourquoi pas, de démolir un élément qui n’allait pas selon certains, et de reconstruire à la place quelque chose de mieux.

Les caractères constitutifs et invariables du Tango sont inclus dans l’Histoire, et sont culturels.

Si l’on relie les réflexions ci-dessus avec la notion d’essence selon Sartre, on pourrait dire que, en s’appuyant sur ses fondations, le Tango se construit avec le temps et existe en tant que tel. S’il existe, s’il « est », on peut alors le définir, au temps T où on en parle.
Alors on peut parler d’évolution. On pourra donc définir le Tango, intimement relié à une période de son Histoire. Et, au temps T où on définit le Tango, on définit son essence. En d’autre termes, l’essence évolue en même temps qu’évolue le Tango.

Je serais bien curieuse de connaître vos pensées là-dessus….Etes-vous Sartrien, Platonicien ou Senancourien ?

Adios Maestros !

lun, 2010-01-11 20:09

Nous l’apprenons en ce début de janvier 2010 : deux maestros des plus connus en ce bas monde, nous ont laissés, pour partir dans un monde meilleur. Pedro « Tete » Rusconi est parti le 7 janvier à l’âge de 74 ans, et le lendemain, c’était au tour d’Osvaldo Zotto, à l’âge de 46 ans. Tristes nouvelles coup sur coup pour la communauté Tanguera argentine d’abord, mais également internationale puisque ces maestros enseignaient et dansaient partout, notamment en France où ils sont venus travailler plusieurs fois. Tous les deux auraient succombé à une crise cardiaque. Trop jeune pour mourir, Osvaldo…..

Ces deux danseurs, en dehors de leur passion pour le Tango et de leur date de la mort fort proche l’une de l’autre (veillée funèbre dans le même funérarium…..), étaient bien différents, et dansaient fort différemment.

Si Tete pouvait s’apparenter quelque peu à un Gavroche parlant lunfardo en dansant, Osvaldo lui, pouvait s’apparenter à un aristocrate de haut rang parlant « chic » en dansant. En voyant Tete danser, on pouvait facilement s’imaginer ce personnage haut en couleur et très jovial, dans les bals populaires du 14 juillet par exemple. En voyant Osvaldo danser, on se l’imaginait davantage dans des salons sélects de la haute bourgeoisie parisienne. Tete, c’était la gouaille, le titi parisien « argentin », une grande gueule qui pouvait être sévère et autoritaire dans les cours, doublé d’un sourire moqueur et ironique. Osvaldo c’était la classe, l’allure, l’élégance du corps et des vêtements, bel homme svelte, charmeur et séduisant. Attentif, discret et réservé, même dans l’enseignement. Si Osvaldo était une bague en or dans un écrin de velours, Tete était une belle pierre brut non travaillée, posée dans une boîte faite en papier de verre, et doublée de soie……

Leur façon de danser également était fort différente. Tete, c’était le milonguero pur, abrazo apilado uniquement. Pas un danseur de scène, du tout. Il avait une particularité lors de ces démonstrations dans les milongas, c’était d’ouvrir ces bras, en croix, donc sans toucher sa partenaire des mains et des bras, et il la conduisait ainsi, rien que par les mouvements de son buste et par ses déplacements. La partenaire devait être scotchée à son buste, face-face, avec un abrazo autour de son cou. Il aimait beaucoup danser la valse ainsi. Tete avait une assise au sol remarquable, il était carrément enraciné au sol, et on avait l’impression qu’en marchant, il voulait réveiller ainsi tous les vieux milongueros décédés pour se replonger dans leurs racines et leurs vécus.

On a dit d’Osvaldo Zotto qu’il était un danseur de scène : oui et non. Oui, bien sûr, à cause de Tango x 2 où il avait comme partenaires son propre frère ainé Miguel Angel, Milena Plebs, Mora Godoy. Mais ce Tango de scène n’avait rien de spectaculaire dans le sens de maintenant, où l’on voit acrobaties et portées. Leur Tango de scène était bien plus axé subtilement dans la mise en scène de leurs Tangos chorégraphiés, en donnant simplement des couleurs : drôle, romantique, tragique, dramatique, mais sans excès. Mais pour moi, Osvaldo était surtout un danseur pour les démonstrations lors des bals. C’est là qu’on voyait le mieux toutes les subtilités de son Tango. Dans ces cas-là, Osvaldo présentait des chorégraphies travaillées dans une grande élégance, avec ses différentes partenaires du moment, et Lorena Ermocida était probablement sa partenaire la plus présente et la plus représentative. Alternant abrazo ouvert et fermé, avec des plages pour la dynamique, tout entier tourné vers le bien-être de sa partenaire, lui laissant des larges possibilités de s’exprimer, il dansait en douceur, tranquillement (certains disaient « pour la photo »), avec une pose de pieds pas très naturelle mais très travaillée, déplacement en connexion totale avec la partenaire. Le tout donnait une impression de ressenti extrêmement profonde pour le Tango. D’où l’émotion qui naissait dans le public. C’était un Tango Salon très pur, très beau. Du très, très beau Tango traditionnel.

Voici quelques exemples de leurs démonstrations. Il y en a beaucoup, j’ai sélectionné celles où on peut le mieux les apprécier, à mon sens. Ce sera ma façon à moi, de leur rendre hommage.

Avez-vous, Tete et Osvaldo, réussi dans votre enseignement, à transmettre l’essence du Tango à vos élèves ? Quand on vous voit danser, il semblerait bien que oui…..

Adios Maestros, vous nous manquerez…….

Pedro « Tete » Rusconi :

Tete et Silvia

Tete et Rosanna Remon :

Tete et Silvia :

Osvaldo Zotto :

Osvaldo et Milena Plebs :

Osvaldo seul (admirez l’axe et le remarquable sens de l’équilibre):

Osvaldo et Lorena Ermocida :

Osvaldo et Lorena :

Osvaldo et Lorena :

Osvaldo et Lorena :

Osvaldo et Lorena :

Festival de Tango argentin au Manoir de Kerallic à Plestin les Grèves du 25 décembre 2009 au 1er janvier 2010, organisé par Le Temps du Tango

mer, 2010-01-06 18:06

Pour la dixième fois en cet endroit, l’association Le Temps du Tango a organisé son habituel Festival de Tango argentin au manoir de Kerallic à Plestin les Grèves (Côtes d’Armor) pendant les vacances de Noël.

Personne ne sera surpris si je dis que tout tournait comme sur des roulettes pour l’organisation, (ils ont l’habitude depuis le temps !) et que l’équipe dirigeante, aussi bien que les bénévoles, ont été efficaces et bosseurs, malgré la fatigue et la mine inquiète quelquefois. S’il y a eu des petits problèmes, ce ne s’est pas vu de l’extérieur, du moins je le pense. Parmi les bénévoles qui ont effectué un gros boulot, je citerais volontiers Didier Tournon ainsi que sa femme Elisabeth. Didier pour avoir fait les animations des soirées et les présentations des artistes très élogieuses, et aussi pour avoir écrit et dit ses propres jeux de mots, très drôles, sur l’année « 2010 » ; Elisabeth pour avoir veillé nuit et jour à ce que tout ce passe bien pour tout le monde. Je crois pouvoir dire que la convivialité était là chez tous les participants, 230 stagiaires exigeants à satisfaire pendant 7 jours, ce n’est pas rien ! Le quart d’heure « armoricain », proposé par Didier dans les milongas, où les femmes invitent les hommes, a été très apprécié si j’en juge par le succès de certains hommes, littéralement « happés » par des dames ! J’ai bien aimé aussi le travail de décoration des salles de restaurant et de spectacle pour le réveillon, nul doute que là aussi les bénévoles ont fait tout leur possible pour que ce soit sympa à regarder.

Au point de vue restauration (chez les Français la gastronomie est un élément indispensable et nécessaire), ce n’était pas chez Bocuse, mais enfin, c’était très correct de façon générale.

Pour le logement, les bungalows sont très confortables, mais…..gare aux talons des dames qui font trop de bruit sur le carrelage ! C’est là peut-être le seul désavantage du logement, tout s’entend (et quand je dis tout…..) ! Les cloisons sont tellement minces qu’ont entendrait une mouche voler chez le voisin (heureusement qu’on n’est pas en été) ! Néanmoins les stagiaires ont veillé à faire attention généralement, et pour ceux qui mettaient leur musique trop fort chez eux: heureusement que c’était de la musique Tango !

Du côté parquet de danse : oups ! J’ai glissé ! Dommage mais on s’habitue. Les professionnels ont dû être inquiets, mais en bons professionnels ils ont dû prévoir plusieurs paires de chaussures. Les meilleurs n’ont pas glissé, merci pour eux, malgré la difficulté.

Les soirées costumées n’ont pas eu un grand succès vu le nombre réduit de costumes aperçus (soirée cinéma, soirée an 3000 et soirée « tout est permis »). Je n’ai rien à reprocher puisque je n’étais pas costumée non plus, mais je peux tout de même signaler Philippe Fassier le photographe, habillé des pieds à la tête en CDs avec les bras en tuyaux à ressort qui lui donnait une démarche très robotisée, Francine toute brillante….. Vu aussi un couple d’anges tout en blanc avec auréole et cheveux blanc, plusieurs squelettes, des Draculas…. Ce qui donne en définitive un nombre de personnes costumées très limité, alors que la piste de danse était confortablement bien remplie !

Voyons maintenant du côté des artistes, et je citerais les artistes qui m’ont le plus marquée (oui, oui, je sais, c’est subjectif) :

- Gustavo Rosas et Gisela Natoli :

Toujours égaux à eux-mêmes, ils font partie de ceux que j’aime le plus depuis longtemps. J’admire en eux la qualité de l’abrazo, aussi bien en position fermée qu’ouverte, l’élégance et la dynamique des mouvements, l’expression profonde de leur Tango et l’harmonie du couple. J’admire la virtuosité, la rapidité et la précision des jambes de Gisela, des pieds délicats et une pose de pieds amortie au sol, un vrai bonheur. Elle est hyper souple : regardez « Oblivion » d’Astor Piazzolla ; chorégraphie très acrobatique :

et celles moins acrobatique :

et encore

Je ne dirais qu’un mot : remarquable !

- Diego « El Pajaro » Riemer et Maria Belen Giachello :

Je n’avais pas vu Diego danser depuis très longtemps (c’était du temps où il dansait avec Mecha), et j’ai été très impressionnée par l’évolution de sa danse, beaucoup plus fluide, plus assurée, profondément dans le sol, dynamique. Maria Belen, délicieusement féminine, tout en rondeur dans sa façon de bouger, une pose de pieds très délicate et précise, très sensuelle, le couple est bien assorti, c’est du moins mon avis. J’ai préféré à leurs deux tangos leur interprétation de leur milonga traspié, très musicale dans le rythme, dans le phrasé y compris dans la technique où j’ai noté un jeu de jambes très personnel de Diego.

Regardez et jugez vous-mêmes :

(sur de la murga) ;

et pour plaire aux messieurs regardez :

avec une superbe milonga en deuxième partie ;

et pour le plaisir, plus sérieusement :

Cet homme qui est très grand, imposant, massif (jugez-en : mon nez arrivait à son nombril lors des trop rares fois où je dansais avec lui dans ses cours), a un incontestable charisme, beaucoup de présence et de drôlerie à la fois et possède en outre une très bonne pédagogie dans ses cours, pour la musique et pour la danse. En dehors de cela, pour rire, il n’a pas hésité à faire une animation avec ses élèves, lors du réveillon, sur une musique de Michaël Jackson (Billie Jean) qui fut très appréciée par toutes les dames de l’assemblée !

- Andres et Julia Ciafardini :

C’était mon coup de cœur cette fois-ci, car j’ai bien aimé toutes leurs démonstrations, pleines de dynamisme et ils mettaient toute leur âme dedans. Ils ont beaucoup travaillé depuis le temps (2005 je crois) où ils préparaient avec Sebastian Arce et Mariana Montes les chorégraphies destinées à l’ouverture de la milonga (défunte hélas) : chez Yoko. Assurance et énergie associée à la technique et la musicalité, ils ont ensemble parcouru du chemin et ils progresseront encore, c’est sûr. La seule chose que je pourrais dire mais qui n’est absolument pas rédhibitoire, c’est que Julia a tendance par moment, et même dans les moments les plus romantiques des Tangos, à frapper le sol de ses pieds juste avant de passer le poids. Dans ces moments, surtout dans les tours (mais peut-être est-ce dû au parquet trop glissant), il n’y a pas d’amorti du pied sur le sol, ce qui donne à son déplacement un aspect sec et brutal, même si le mouvement est correct en soi. Mais je ne doute pas un seul instant que Julia saura trouver en elle cette faculté de poser ses pieds comme un chat.

- Juan Carlos Caceres :

Interviewé par Fabrice Hatem, Juan Carlos Caceres a parlé du sujet qui lui tient le plus à cœur : les origines noires du Tango. S’accompagnant au piano, il est revenu sur la musique initiatrice du Tango : le Candombé des noirs, la Habanera cubaine, la Milonga brésilienne.

Ce musicien bien connu (qui ne connait pas Toca Tango et Tango Negro ?) est d’une richesse artistique passionnante, associé à un sens humoristique assez corrosif quelquefois. Pendant plus d’une heure, il a ainsi parlé des bordels de Buenos-Aires (qui ne sont pas LA seule origine des Tangos selon lui, le Tango est né avant, dans le peuple et à la marge de la ville de B-A ou de Montévidéo par la fusion des peuples immigrants), des rythmes des musiques afro-cubaines (couleurs différentes selon la géographie mais étant très similaires), du jazz, du bandonéon, de la spécificité Tango en tant que genre musical à part entière (mode mineur ; tango nota : quinte mineure, neuvième dominante ; rubato), de la préhistoire du Tango entre les années 1880 et 1900.

A la suite de cette conférence très instructive, il a animé en partie la milonga du soir par sa voix rauque et son piano, faisant danser les stagiaires du Festival. Très applaudi, cet homme au demeurant affable et disponible est un musicien cultivé qui cherche à renouer avec les toutes premières origines des Tangos, les très vieux Tangos (pour cela il avait apporté quelques CDs de vieux Tangos revisités par lui-même, disponibles à la vente), en leur apportant sa touche personnelle. La « négritude du Tango » est son cheval de bataille. De façon réussie.

- Fabrice Hatem :

Fabrice Hatem est un artiste en son genre. Il suffit de le voir danser pour savoir cela. A part cet aspect très représentatif de sa personnalité, Fabrice s’est attaché depuis bien des années à faire connaître la poésie Tanguera. Son site : www.fabrice.hatem.free.fr vous en dira bien plus, car il est extrêmement bien fait, et très clair.

Fabrice tous les soirs pendant 1h30 a ainsi animé des conférences très instructives sur des poètes tels que Pascual Contursi, Célodonio Flores, Enrique Cadicamo, Enrique Santos Discepolo, Carlos Gardel : la voix des poètes. Doté d’une grande facilité d’élocution et d’un humour doublé de gentillesse et de tendresse pour tous ces poètes disparus, il a brossé des portraits pertinents de ces poètes et de leurs poèmes, en en faisant synthèse, analyse et conclusion. A l’aide de chaine hifi, d’ordinateur et d’écran au mur, nous pouvions écouter les Tangos-chansons et suivre en même temps les textes en Espagnol et en Français (traductions de Fabrice Hatem). Notons aussi la présence d’une charmante chanteuse argentine : Michèle Hertag qui a chanté a capella deux poèmes.

Je noterais une fois de plus qu’il n’y avait pas suffisamment de monde comparativement à la qualité de ces conférences : une trentaine de personnes, sur 230 stagiaires….. Pourquoi ? Les horaires étaient pourtant bien justifiés : après les cours et avant le diner….

Vous trouverez sur le lien suivant : une interview que Fabrice a bien voulu me donner à Kérallic. Il parle de lui, de ses sentiments relatifs au Tango, et de sa vie personnelle relative à la danse. C’est un aspect peu connu de sa personnalité qui est montrée là, et qui est touchante par bien des aspects. Parfaitement bénévole et désintéressé depuis des années, être passionné et intelligent s’il en est, Fabrice Hatem mérite une reconnaissance et une gratitude pour tout ce qu’il a fait jusqu’ici pour le Tango.

En conclusion ce fut une semaine bien remplie et passionnante pour moi, et de ce que j’ai pu percevoir à droite et à gauche, tout le monde avait l’air satisfait.
A l’année prochaine ?

Interview de Mariano “Chicho” Frumboli par Milena Plebs Revue El Tangauta décembre 2009

dim, 2009-12-20 20:08

 

Je livre à votre sagacité suprême l’excellente interview de Chicho réalisée par Milena Plebs, parue dans le journal de Tango de Buenos-Aires El Tangauta de décembre 2009. Vous la trouverez, traduite en Français, sur le site Mephisto Tango au lien suivant : Interview de Mariano “Chicho” Frumboli

Surprenante interview où l’on voit un Chicho plein d’humilité, avouant presque avec regret qu’il porte une responsabilité dans la façon de danser des jeunes, puisque lui-même enseignait un Tango très moderne, créatif et novateur. Et aussi, le passage très pertinent sur la musique, indispensable à lire pour tous ceux qui veulent danser en se plongeant profondément en elle…..

Bonne lecture et bons commentaires si vous en avez !

Gaston Torelli et Moïra Castellano à Bahia Blanca

mar, 2009-12-01 17:57

Dimanche soir, devant un public nombreux et enthousiaste, sur la piste de danse de la milonga Bahia Blanca, Gaston Torelli et Moïra Castellano ont dansé avec beaucoup de cœur et de sensibilité des chorégraphies très travaillées et une danse improvisée de grande qualité.

Ce fut un régal. Au-delà de la technique impeccable, -et on se doute du travail que cela demande-, ils ont été superbes d’aisance, d’assurance et de naturel, même dans des mouvements originaux les plus difficiles, même dans les portées acrobatiques. Moïra est d’une élégance suprême, très belle, habillée dans un pantalon turquoise et d’un top assorti, et la longueur de ses jambes est ainsi mise en valeur, révélant un déplacement au sol ample, dynamique, fluide, et sobre à la fois. Gaston était habillé de façon classique, en costume. Pas un ne dominait l’autre, ils se connaissent parfaitement bien, et le couple était là, bien présent. Aucune monotonie en eux, rien était « scolaire » et le public a bien senti qu’ils étaient heureux de danser ensemble, avec toute la profondeur de leurs sentiments, y compris sur des morceaux de musique très modernes et non conventionnels.

Ils ont dégagé beaucoup de chaleur, ils avaient envie de donner, de se donner avec énergie, et c’était beau…. Simplement beau.

Spectacle « Otango » au Casino de Paris Novembre 2009

mar, 2009-11-24 21:05

Salle du Casino de Paris bourrée à craquer, ovation frénétique du public à la fin, ce spectacle créé en 2004 à Buenos-Aires, et sans cesse ravivé (c’est du moins ce que dit le programme vendu à l’entrée), remplit parfaitement tous les critères attendus par tous les spectateurs du monde entier, danseurs ou non, musiciens ou non. Décors et éclairages superbes, costumes non moins remarquables par leur beauté.

Nous retrouvons la musique avec un excellent orchestre : « Cincotango » : Emiliano Greco au piano, Ramiro Boero au bandonéon, Humberto Ridolfi et Olivier Tilkin aux violons, Juan Miguens à la contrebasse. Citons également la chanteuse Claudia Pannone qui, personnellement, m’a émue, tant elle interprète avec passion et élégance toutes les chansons de son répertoire (dont une a capella), avec un timbre de voix véritablement « tango ». Je n’en dirais pas autant pour le chanteur Jose Luis Barreto, qui, il me semble, est plus ténor lyrique que tango. Néanmoins, il est agréable de l’entendre.

Les 5 couples de danseurs sont tous d’excellent niveau :

- citons en premier Adrian Veredice et Alejandra Hobert qui ont monté toutes les chorégraphies de groupe. Ils sont bien connus à Paris pour y avoir travaillé bien des fois, non seulement pour nous mais pour les autres associations parisiennes. Ils méritent amplement d’être les danseurs « étoiles » de la troupe.

- Claudio Gonzalez et Melina Brufman que nous avions vu à Buenos-Aires, sont toujours aussi ardents et brillants. Leur expression artistique sur scène est époustouflante de maîtrise technique, on dirait que tous leurs pas sont calculés au millimètre près, dans l’énergie et la dynamique, avec les acrobaties ou non. Leur Tango, très personnel, est percutant et brulant. Ce sont « les »danseurs de scène par excellence, car ils savent allier le côté spectaculaire et le côté profondément dramatique du Tango.

- Mariano Galeano et Paula Rubin sont peut-être moins charismatiques que Claudio et Melina pour la scène, mais on ne peut passer à côté du charme intense de Paula.

- Christian Marquez et Virginia Gomez ont chorégraphié une milonga éblouissante.

- Fernando Gracia et Sabrina Masso sont très talentueux. Fernando est Champion du monde 2007 au Mundial de Tango de Buenos-Aires. Sabrina (ex-partenaire d’Ezequiel Paludi), très élégante dans son déplacement au sol, a une grande expérience du Tango, aussi bien sur scène qu’en improvisé dans les Festivals où elle enseigne.

De façon générale, ce spectacle comportait certaines chorégraphies très intéressantes : citons entre autres « La yumba » où l’on voit Melina Brufman danser avec quatre danseurs à la fois ; « Milonga del Angel » où Paula Rubin et Sabrina Masso dansent ensemble.

Le fil conducteur était, bien sûr, l’amour, la trahison, la jalousie, la folie, le meurtre, le remord…. Première partie : le café, les putes, la bagarre, les femmes qui se disputent un homme… Deuxième partie : la trahison dans un décor des années 20 où l’homme ne résiste pas à la tentation. Revenu vers elle ensuite, elle le repoussera, le conduisant par jalousie, au meurtre. Mais, dans son esprit fou, il arrivera à la ressusciter ….

Vous l’aurez compris, malgré l’éternel cliché spectacle après spectacle, la qualité est là, et grâce à elle on ne s’ennuie pas. Après tout, c’est là l’essentiel.